Nouvelle exposition de Patrick Picinelli

Publié le par Cercle de la voile de Villars-Burquin

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Piccinelli est un peintre classique. Sur un cadre rythmique et harmonique archirigoureux, ses natures mortes - mais elles le sont si peu – déclinent comme une série d’improvisations vertigineuses où viennent danser des reflets, des anamorphoses, des fleurs sinueuses et délicates, d’euphoriques typographies qui claquent le swing. Piccinelli est un peintre jazz.

 

 

Tournez un instant le dos au lac étincelant, à l’attrait des soldes et aux trépidations du trafic, pour entrer dans la petite crique de la galerie Picpus où Helga Depallens a subtilement accroché les œuvres d’un peintre  tout neuf chez elle et sur la Riviera : Patrick Piccinelli.

Tout neuf, mais fort de nombreuses expositions personnelles et d’un métier impressionnant de peintre classique, Piccinelli montre une grande série de natures mortes où se conjuguent, dans l’équilibre des contrastes, la géométrie des arrière-plans sur laquelle se découpent la courbe exquise de fleurs inattendues, les volumes moirés ou translucides d’objets très travaillés, vases, verres, brocs, estagnons, et un émouvant arrosoir bleu. Ces éléments, coutumiers des natures mortes,  sont rejoints par des catalogues d’expositions ou des couvertures de livres, pour le plus pur bonheur de la typographie. Car ces peintures (acrylique sur papier marouflé) écrivent un message, articulent une syntaxe dont le principe de la série – si peu familier du genre -  développe les variations virtuoses.

Mais ce ne sont pas les lettrines, les mots, les titres entiers ou tronqués des ouvrages qui formulent ce discours. C’est bien l’amateur à la fois charmé et interloqué qui doit faire son chemin parmi ce jeu d’images. Et, notons-le d’emblée, il se sent envahi par une paix profonde, puis animé d’une joie imprévue et peu fréquente dans une peinture aussi moderne. Paisible, le rythme rigoureux de ces compositions ; joyeuses, allègres leurs couleurs, souvent chaudes et vives, toujours accordées avec une fraîche vigueur.

Le visiteur est invité, également, à reconsidérer fondamentalement ses a priori. La nature morte – mais l’est-elle vraiment ? - devient ici un art du silence alerte, une chorégraphie tonique de lignes et de tons. Plus encore : une expérience rare où viennent se réconcilier le cœur et la raison soudain gouvernés par un même souffle.

Peintre classique par sa rigueur et sa maîtrise technique, Piccinelli est un jazzman du pinceau. Plusieurs tableaux trouvent d’ailleurs leurs titres dans des morceaux d’Archie Shepp et John Coltrane. Comment a-t-il donc tant tardé à trouver à Montreux, capitale de l’improvisation swinguée et du chorus exultant, sa galerie d’élection ?

 

Galerie Picpus, Montreux (en face de l’office du tourisme des quais), jusqu’au 17 mars 2012.

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